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Girouette hypersensible

Une institutrice à la campagne, 1

18 Février 2013, 13:37pm

Publié par Camille Sorel

Une institutrice à la campagne, 1

Voilà trois semaines que Paul était parti en déplacement. Camille était habituée à ses absences au gré des événements. Parfois, c'est en s'informant de l'actualité qu'elle avait des nouvelles de son mari. "Le tueur fou s'est isolé dans son appartement, lourdement armé. Les policiers du GIGN entourent l'immeuble. Un assaut est envisagé dans la nuit." Pourquoi avait-il choisit ce métier, aux prises quotidiennement avec la violence et ce que l'humain a de plus sombre? Comment pouvait-il être prêt à donner la mort, même pour sauver des innocents? Souvent, en repensant aux heures les plus honteuses de l'histoire de France, elle se demandait ce qu'il ferait s'il lui était demandé d'aller arrêter des familles entières, devenues ennemies de la Nation, pour les entasser dans des trains vers une destination inconnue.

La dernière mission était routinière, sans adrénaline : il s'agissait de surveiller la résidence secondaire d'une personnalité politique sur la Côte Basque. Paul se portait de plus en plus régulièrement volontaire pour ce séjour, où les journées étaient pourtant, d'après ses récits, ennuyeuses à mourir, alternant des gardes statiques et de longues période d'attente dans une voiture banalisée garée devant la coquette maison. Camille ne savait rien de sa vie là-bas, il fallait être discret, et son homme aimait envelopper son activité de mystère, ce qui lui donnait auprès du voisinage une certaine aura.

Il était extrèmement populaire dans le village où ils habitaient car contrairement à ce que l'on aurait pu attendre d'un héros sur-entraîné au maniement des armes, Paul était un homme fantasque, d'une drôlerie redoutable et aux réactions totalement imprévisibles. Il était l'un des leaders du Comité des Fêtes local, faisant la joie du village entier lorqu'il s'improvisait animateur DJ aux commandes de la sono. Généralement, il finissait la soirée en servant copieusement les derniers fêtards accoudés au bar, et ses exploits fantaisistes revenaient aux oreilles de Camille, le lendemain, quand pour la énième fois des voisins hilares venaient lui raconter ce que ce sacré Paul avait encore inventé.

C'est elle qui avait eu le coup de foudre pour Bellevue sur Agne. Elle y avait été nommée institutrice de la classe maternelle cinq ans auparavant, et la chaude simplicité des habitants l'avait tout de suite touchée au coeur. Les parents rentraient dans la classe (qui avait été la leur quelques dizaines d'années auparavant) avec familiarité, les grands-parents racontaient comment, à leur époque, le premier travail de la journée dans la petite école était d'aller ramasser du bois aux alentours pour allumer le poêle. Les petits étaient en confiance, les seuls qui pleuraient le jour de la rentrée étaient ceux des familles nouvellement installées.

Camille jouissait d'une bonne réputation, elle exerçait son métier avec passion, se montrait toujours souriante et était animée du simple désir que ses petits élèves viennent avec plaisir à l'école, ce qui était selon elle garant d'une scolarité débutant sous les meilleurs auspices. Elle n'était pas sévère, et remarquait que lorqu'elle se fâchait, les enfants n'avaient aucune crainte, bien conscients d'avoir une maîtresse qui aboyait parfois, mais ne mordait jamais.

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