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Girouette hypersensible

Une institutrice à la campagne, 3

18 Février 2013, 14:24pm

Publié par Camille Sorel

Une institutrice à la campagne, 3

Ce jour de Novembre, il faisait froid. Un froid sec, que réchauffait un beau soleil. Comme à son habitude, la maîtresse s'était assise sur une petite chaise devant la porte de la classe, et avait enroulé les écharpes, boutonné les manteaux, mouché les nez de ses petits élèves avant de les laisser s'égayer dans la cour. Elle les observait ensuite se disputer un tricycle, se cacher derrière la haie, courir sans but... et lançait des rappels à l'ordre réguliers : "Florent, pas dans le jardin", "Ninon, lâche le cerceau de Clara", "Marius, doucement avec le vélo". Les parents commençaient à arriver. Rien ne les passionnait plus que de voir comment se comportait leur enfant en dehors de la sphère familiale. Ils faisaient mine d'être en avance fortuitement, de converser entre eux, mais ce qu'ils aimaient, c'était voir jouer leur progéniture, vérifier qu'il soit bien couvert, s'assurer qu'il ne soit pas seul ou bien victime de mauvais camarades.

La maîtresse ne s'en offusquait pas, c'était bien compréhensible après tout, et avant de faire rentrer son troupeau, elle repéra un père qui lui posait quelques problèmes, debout devant la grille, les mains bien plantées dans les poches, la mine patibulaire. Qu'allait-il lui reprocher aujourd'hui encore, celui-là? C'était bien rare, à Bellevue sur Agne, les parents d'élèves suspicieux, alors cet homme s'était chargé à lui seul de relever le niveau. Il fallait vite l'empêcher de trouver une faille, et repérer la prunelle de ses yeux. Pas de chance : le petit Marc avait eu chaud et son blouson était ouvert : l'enseignante allait devoir porter la responsabilité d'une grave bronchite, être taxée d'incompétence, menacée de perdre un élève... Camille soupira en songeant qu'elle n'allait pas pouvoir quitter l'école rapidement, comme elle le souhaitait, pour retrouver Paul qui était de retour à la maison ce jour-là.

Elle allait rentrer après le dernier élève lorsqu'elle entendit crier son nom. Elle se retourna et vit son mari en chaussons, devant le portail de l'école, tout près de l'affreux père revendicatif :

- "Ma Chérie! Coucou! Je suis rentré! Viens!"

Il ne manquait plus que ça. Etre accusée de donner libre court à des effusions personnelles sur son lieu de travail. D'un geste, elle fit signe à Paul de s'éloigner et rentra dans la classe.

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