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Girouette hypersensible

Une institutrice à la campagne, 4

18 Février 2013, 14:53pm

Publié par Camille Sorel

Une institutrice à la campagne, 4

Cette fois, il lui avait rapporté un cadeau. C'était inhabituel et surprenant parce qu'il avait été avare de nouvelles pendant son absence. Plusieurs fois, lasse d'être seule dans cette grande maison, Camille l'avait appelé en vain. Elle lui en tenait un peu rigueur, et comme à chaque retour après une trop longue absence, elle ne parvenait pas à fêter le retour du guerrier. Il lui fallait un peu de temps pour renouer avec lui, elle voulait être apprivoisée à nouveau.

C'était toujours un moment délicat car lui aurait souhaité l'accueil passionné d'une femme amoureuse ravie de retrouver son amant. Encore une fois, ils étaient tous les deux déçus par ces retrouvailles.

D'ailleurs elle avait du travail : trente Père Noël en carton à découper pour le lendemain. Elle envisageait de passer la soirée à ça, devant le poêle qu'elle se réjouissait de n'avoir pas eu à allumer elle-même quand Paul annonça que comme ils ne s'étaient pas vus depuis plusieurs semaines, il n'irait pas à son entraînement de rugby pour passer la soirée avec elle. Elle trouva ça lâche : lui qui se complaisait à raconter combien le club local avait besoin de son talent et espérait son retour en vue d'un match important le dimanche suivant, il était prêt à prétexter une maladie pour ne pas se rendre à la préparation? Et puis elle avait besoin de temps pour se réhabituer à sa présence, le retour de l'entraînement serait le moment idéal pour tomber dans ses bras avec délectation.

Elle plaida l'intérêt du club. Il ne se faisait aucune illusion sur le goût de sa compagne pour la balle ovale, et interpréta cela comme un rejet grave, un affront. Le ton monta, quelques phrases à peine, puis il saisit son sac de sport et partit en claquant la porte.

Il rentra au milieu de la nuit avec fracas. Camille se leva pour le rejoindre, elle s'était inquiétée et le trouva s'agitant dans la cuisine pour se préparer un en-cas. il était ivre et pathétique. C'était le moment où une femme amoureuse et raisonnable aurait ouvert les bras. Et de façon complètement déraisonnable, elle s'entendit lui reprocher son manque d'élégance : rentrer en titubant du rugby après avoir abandonné sa femme des semaines, quelle classe! Les reproches fusèrent des deux côtés quand le sportif éméché éclata :

"- Tu veux qu'on parle? C'est ça, tu veux qu'on parle?

- Non. Je crois que nous nous en sommes assez dit.

- Moi j'ai encore des choses à dire! On va parler!

- Sûrement pas. Si c'est important, j'aime autant que tu ne sois pas saoûl."

Elle dormi peu cette nuit-là, espérant que l'alcool dissipé, son homme viendrait la rejoindre dans leur lit et qu'enfin, ils puissent se serrer l'un contre l'autre. Il aurait tendu un bras et elle serait venue poser sa tête sur son épaule, toute au bonheur d'être entourée de lui. Leurs jambes se seraient mélangées, il aurait déposé des baisers dans ses cheveux et elle aurait respiré très fort le parfum de sa peau. De son corps, elle aurait su lui dire, mieux qu'avec des mots maladroits, combien elle l'aimait.

Mais il resta sur le canapé, et au matin, le mal était toujours là.

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